
L’Intégrité scientifique, sociologie des bonnes pratiques (PUF, 2025) : voici un ouvrage clair et utile sur la recherche scientifique, en sciences humaines et dans les sciences dites « dures ».
Catherine Guaspare et Michel Dubois, sociologues et chercheur.es au CNRS, viennent de publier aux Presses Universitaires de France une enquête sociologique : «Dans un contexte où la production scientifique est soumise à des pressions multiples, où les théories pseudo-scientifiques circulent sur les réseaux sociaux, l’intégrité scientifique apparaît plus que jamais comme l’un des piliers de la confiance dans la science. » (Quatrième de couverture)
Un serment doctoral d’intégrité scientifique
Les docteurs, inscrits en thèse depuis janvier 2023 doivent désormais prêter serment lors de la soutenance de thèse et s’engager à respecter les règles de déontologie dans leurs travaux de recherche :
« En présence de mes pairs. Parvenu.e à l’issue de mon doctorat en [xxx], et ayant ainsi pratiqué, dans ma quête du savoir, l’exercice d’une recherche scientifique exigeante, en cultivant la rigueur intellectuelle, la réflexivité éthique et dans le respect des principes de l’intégrité scientifique, je m’engage, pour ce qui dépendra de moi, dans la suite de ma carrière professionnelle quel qu’en soit le secteur ou le domaine d’activité, à maintenir une conduite intègre dans mon rapport au savoir, mes méthodes et mes résultats. »
Les docteurs inscrits avant septembre 2022 ont aussi la possibilité de prêter serment, mais sur la base du volontariat.
C’est la loi de programmation de la recherche du 24 décembre 2020 qui a introduit ce serment doctoral d’intégrité scientifique dans le Code de l’éducation à l’article L. 612-7. Une charte de déontologie et d’intégrité scientifique avait déjà été mise en place en 2015 mais cette nouvelle disposition juridique a marqué une évolution institutionnelle, avec un enjeu de sensibilisation des jeunes chercheurs. Les Etats-Unis ont amorcé dès les années 80 cette institutionnalisation des questions d’éthique de la recherche. En France, celles-ci sont devenues un enjeu public depuis 2010. Elle s’est dotée progressivement d’un cadre juridique concernant la formation doctorale. L’arrêté du 26 août 2022, et en particulier l’article 19 bis, précise les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat.

La chasse à la fraude scientifique
« L’intégrité scientifique contribue à garantir l’impartialité des recherches et l’objectivité de leurs résultats. » (Art. L. 211-2)
Dans l’émission de Sylvain Bourmeau sur France Culture, « La suite dans les idées », les deux auteur.es de L’Intégrité scientifique donnent des cas concrets de dérives scientifiques : falsification des résultats, fabrication de données, plagiat. Cependant, le chercheur peut aussi être confronté à des dilemmes, sans intention de tricherie : comment rendre plus clair un raisonnement complexe ? Entre effort de clarification et simplification abusive, où se situe le curseur ? Faut-il citer tous les collaborateurs d’une publication, y compris celui qui n’aura que très secondairement apporté un avis ponctuel ? Entre tentation de l’effacement et légitimité d’auteur, comment trouver le juste équilibre ? La question de l’autorat est cruciale dans un système d’évaluation des publications dont la valeur est certes d’ordre scientifique mais aussi économique : les recrutements, les carrières en dépendent.
Les supports numériques de publications bouleversent désormais le marché des auteurs. Ainsi se créent, en marge du système académique, des revues prédatrices qui permettent à des chercheurs marginalisés d’acquérir une visibilité. De même, se développe un système d’évaluation post-publication sur des plateformes et des réseaux numériques : des lecteurs s’improvisent comme critiques par des commentaires anonymes, en parallèle du milieu académique. Une communauté élargie d’évaluateurs est forte d’un pouvoir très puissant qui grossit la visibilité de certaines publications. L' »hashtaguisation » du débat scientifique accentue encore cet effet grossissant sur des critères d’évaluation mal identifiés.

Plus que jamais s’impose la vigilance dans un monde scientifique instable et fragilisé par la volatilité des publications numériques souvent en marge des réseaux de recherche institutionnels. L’intégrité scientifique s’apparente à une forme de droit « souple », appliquée à une matière vivante, où la subjectivité de chacun doit s’appuyer sur des pratiques fiables et une éthique sans concession.